vendredi 27 avril 2007

Kedochim - Dois-je aimer l'habitant de vladivostok comme moi-même ?

Bon, pour commencer, et comme on approche de la période des partiels, un petit quizz !

1) Qui a inventé le concept de 'tendre la joue' ?
2) Qui a dit 'Eli, Eli, Pourquoi m'as tu abandonné ?'
3) Où est-il écrit: 'Tu aimeras ton prochain comme toi-même' ?

Ca y est, tout le monde a joué ?
Evidemment, ceux qui auront bien répondu auront droit de laisser des commentaires gratuitement sur les résultats de l'élection présidentielle...

Réponses:

1) Le prophète Jérémie
2) Jésus, certes, mais bien avant lui, le prophète Elie
3) Dans les Evangiles, dans la bouche de Paul de Tarse également, mais bien avant eux, dans le Lévitique, chapitre 19, verset 18. Bref, dans notre Paracha de la semaine.

Mais évidemment, cette phrase ('Veahavta lereakha kamokha', 'Tu aimeras ton prochain comme toi-même') a fait couler beaucoup d'encre, et plutôt que de rester dans l’humanitairement correct' (tu vois, autrui est sympa, tu dois l'aimer si tu veux et le respecter, c'est la base si tu veux, sinon tu peux pas vivre quoi, ....mffffffff...t'en veux man ?) essayons de creuser et de faire sortir de cette phrase les sens et les orientations divers qu'elle recèle.

1) Qui est le prochain ?
Autant le dire tout de suite, le prochain, n'est pas tout le monde ! L'écrasante majorité des commentateurs de cette phrase ne l'applique qu'au prochain juif. Eh oui, la Thora est chauvine. Est-ce que cela veut dire qu'on ne doit pas aimer le non-juif ? Evidemment non.
Mais ce que nous apprend la Thora est quelque chose de fondamental: la relation 'd'amour comme soi-même', relation difficile, ne peut s'acquérir qu'avec une personne qui a les mêmes droits et les mêmes devoirs que moi. Une personne qui dans sa relation au monde procède de la même démarche que moi.
La Thora répète d'ailleurs la fameuse phrase quelques versets plus loin (verset 34), lorsqu'elle parle du Guer Tzedek, du converti. 'Et tu l'aimeras comme toi-même'. Le converti n'a pas la même histoire que toi, il n'a pas la même culture. Il n'est clairement pas 'comme toi'. Pourtant, tu dois lui appliquer la même règle qu'à ton prochain 'de naissance', au juif de naissance. Pourquoi ? Parce qu'au moment où le converti entre dans l'alliance, il accède automatiquement aux mêmes droits que toi, aux mêmes devoirs que toi, et prend sur lui le joug divin.

Pas de racisme dans la Thora !
La Thora ne fait pas de différences entre les blancs, les noirs, les jaunes, ou les violets foncés. Mais attention, ne soyons pas béats, la Thora fait tout de même une différence entre les personnes. Mais elle fonde cette différence sur l'acceptation d'un mode de vie, sur des caractéristiques concrètes et juridiques.

2) Oublierais-t-on une partie du verset ?
Evidemment ! On cite systématiquement la fameuse phrase 'Tu aimeras ton prochain comme toi-même'.
Mais le verset ne s'arrête pas là ! Il continue en disant : 'Je suis D-ieu'.
Quel intérêt de nous le rappeler à ce moment là ?
Un intérêt énorme qui change tout le sens de la phrase !!!Si tu dois aimer ton prochain comme toi-même, ce n'est pas par pur gentillesse envers ton ami. Ce n'est parce que les relations de bon voisinage permettent d'avoir une vie plus tranquille. Ce n'est même pas parce qu'il s'agit d'une valeur morale fondamentale.
Non, si on doit aimer son prochain comme soi-même, c'est parce que D-ieu nous l'a ordonné. Point. Notre relation à autrui n'est pas une relation qui vise à faire en sorte de vivre dans un monde pacifié où les conflits disparaîtraient. Non, notre relation à l'Autre est définie par les Lois que D-ieu nous a ordonnées.

Qu'est-ce que ça change ? Ca change tout. Cette loi d'aimer son prochain comme soi-même est donc à mettre en relation avec l'ensemble des autres lois que D-ieu nous a ordonné: manger Casher, mettre un roi à la tête du peuple, créer des tribunaux civils pour juger les conflits. Cette loi n'est pas un axiome universel qui transcenderait tout le reste. Non, c'est une loi qu'il faut placer dans le contexte général du mode de vie social, politique et économique du juif.
Ce n'est pas parce que j'aime mon prochain que je ne vais pas l'assigner en justice si j'estime que j'ai été lésé par exemple....

3) Mais alors pourquoi Rachi cite rabbi Akiva qui disait, comme le dit la chanson: 'Zé Clal Gadol baThora': C'est un grand principe de la Thora ?
Eh bien parce que Rabbi Akiva avait une bonne raison de le dire. Chaque leader de la Thora avait une Mitzva qui lui tenait le plus à coeur, car elle correspondait parfaitement à son expérience et à sa volonté d'enseignement.
Le Ropshitser Rebbe était complètement centré sur la Soukka: il étudiait chaque jour un passage du traité Soukah, ses discours parlaient souvent de soukka. La soukka c'était son dada.
Rabbi Haim de Tshernovitz était un grand fan de la Mitzva de Chabbat.
Rabbi Elimelekh de Lizensk portait un intérêt tout particulier à la Mitzva des Tzitzit.
Rabbi Sarkozy et Rabbanit Royal, lors de leurs enseignements cabbalistiques, tenaient coûte que coûte à rappeler l'importance de la Mitzva dite 'de la valeur Travail'.
Eh bien Rabbi Akiva, c'était 'Tu aimeras ton prochain comme toi-même'. La raison, on la connaît, et elle est très actuelle: ses 24.000 élèves sont morts dans une épidémie pendant le Omer.
Pourquoi ? Car bien que des géants de la Thora, ils n'arrivaient pas à tolérer l'autre. Tolérer l'autre, dans leur cas, voulait dire quelque chose de très précis. On sait qu'il y a 1000 manières d'aborder la Thora ('il y a 70 visages à la Thora').
Dans l'histoire juive, on voit bien que le Hassidisme de Pologne, la néo-orthodoxie américaine, l'étude lituanienne ou la sagesse des maîtres du moyen-âge sont autant de façon différentes d'aborder le judaisme en général.
Eh bien, les élèves de Rabbi Akiva, aussi brillants qu'ils soient, n'arrivaient pas à laisser de la place à leurs collègues, ils ne supportaient pas qu'une autre option puisse exister que la leur.Est-ce vraiment un problème 'd'amour du prochain comme soi-même'.

Oui, dit Manitou, car 'le fait de nature implique la rivalité des personnes les plus proches (...). Les rivalités les plus dangereuses ne sont-elles pas motivées par la prétention de servir le même idéal ?'

Ce qui était vrai pour les élèves de Rabbi Akiva est également vrai pour nous aujourd'hui. La Communauté juive comporte beaucoup de personnes et d'institutions dont la volonté la plus chère est de servir cette même communauté. Et pourtant, combien de conflits entre 'prochains'...Remarquez, ce n'est pas spécifique à la Communauté juive, la campagne électorale des présidentielles 2007 nous a offert de beaux specimens de vacheries entre militants d'un même camp.

La période actuelle du Omer est là pour nous rappeler qu'on ne peut servir un idéal que si on sait faire de la place à ceux qui le partage.
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